Magdelaine est décédée en donnant naissance à un bébé mort !
Mariette ne pourra jamais oublier cette nuit du jeudi 10 au vendredi 11 juin. Le vent soufflait, il pleuvait et maman criait, mais elle criait !… Elle s’était réfugiée dans le lit de Pierre et ce dernier couvrait ses oreilles avec ses mains, il ne pouvait cependant empêcher Mariette d’entendre !
Gabriel était sorti pour appeler le médecin et la sage-femme, pendant que papa restait, impuissant auprès de son épouse. Le personnel médical n’a rien pu faire : Magdelaine, épuisée, s’est éteinte après qu’une petite fille soit venue au monde. Le cordon ombilical autour du cou l’a empêchée de respirer et elle aussi est morte.
Le samedi suivant, à l’église et au cimetière, nombreux étaient les gens du village, mais Mariette ne pensait qu’à sa maman qui voulait lui donner une petite sœur. « Je n’aurai pas dû demander une petite sœur, maman serait toujours là, hein, Mamilou ? – Non petite, ce n’est pas de ta faute, c’est la nature. Ta maman rencontrait des difficultés et le bébé n’a pas eu ce qui lui fallait. Et puis, qu’aurait fait ton papa avec un bébé ? » Mariette serrait très fort la main de sa grand-mère : elle avait peur, très peur. Qu’allait-il donc arriver à présent ?
De retour du cimetière, Mamilou et Papilou sont rentrés avec les enfants. Sébastien, leur gendre, était très abattu. Assis dans son fauteuil, les yeux dans le vague… Ce dernier se demandait ce qu’il allait faire avec les enfants. Il ne peut pas travailler et gérer la maison ! Triste, il est monté dans la chambre de ses enfants, a préparé une petite valise, pris Antoinette, et redescendit. « Mamilou, je vous remercie d’accepter de vous occuper de Mariette ! Je sais qu’elle sera très bien chez vous ! » Mariette s’est mise à pleurer, mais rien n’y a fait, elle est partie vivre chez Mamilou.

Aujourd’hui, 12 août, la petite fille attend avec impatience la venue de son papa. Il est allé à Brie-Comte-Robert chez le juge de paix pour décider du sort de ses enfants. Ce n’est pas vraiment ça ! La loi oblige le parent restant a déclaré un subrogé tuteur. Il a donc fallu trois personnes du côté paternel et trois autres du côté maternel. Après réunion et discussion, c’est Jean Lazare PATIN qui a été désigné et qui a accepté.
Lorsque Sébastien donne cette information à ses enfants, seul Gabriel comprend : son père sera vraiment le responsable de ses enfants et Jean, tonton Jean, sera là en soutien dans les décisions. Mais rien ne change : les fils restent à la maison et Mariette chez Mamilou.

Une autre information est bien plus importante que la précédente et très inquiétante aussi : Sébastien annonce qu’il va se marier… Il va épouser Marie RADINGANT, veuve de Jean Barthélémy QUIHOU. Elle est âgée de 28 ans et est mère de deux enfants, Jacques, 7 ans et Barthélémy, 6 ans. Pas de fille ! Le mariage est prévu pour le 15 août après la messe de l’Assomption.
Le retour chez Mamilou est très silencieux. Mariette sert très fort sa poupée, elle n’a plus qu’elle ! Arrivées à la maison, sa grand-mère lui propose de faire des crêpes : « Tu pourrais aller chercher Jeanne et vous aurez le temps d’aller au ru, qu’en penses-tu ? ». Un sourire discret et la petite fille sort pour aller voir Jeanne. C’est décidé, Jeanne sera sa sœur, même si elles n’ont pas la même maman. A qui pourrait-elle tout raconter ? Mamilou est trop vieille !
L'après-midi a apaisé la peine de Mariette, Jeanne lui a promis de toujours être là ! Mais comment être sûre ?...
Source : Code civil 1804 – 31627 – Gallica.bng.fr / BnF