Comment récompenser les soldats qui ont été cités individuellement ? Aucune médaille actuelle ne répond à cette question au début de la Première Guerre Mondiale !...
La loi du 8 avril 1915 institue une croix, « dite Croix de guerre » destinée à commémorer les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre de l’armée de terre et de mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments.
Suit le décret d’application, le 23 avril, décret précisant le détail de la médaille et aussi qui pourra décerner les citations par niveau militaire d’unités. Enfin, en juin, les instructions par ministères, la guerre, la marine et les colonies, sont encore plus précises sur les autorités qui ont le pouvoir de décerner ces citations et dans quels contextes.
Qu’en est-il des militaires ayant été cités avant la parution de cette loi ? La circulaire du ministère de la guerre du 23 juin 1915 indique que « la délivrance de la croix de guerre avec palme aux militaires officiers et hommes de troupes décorés pour faits de guerre, depuis le début des hostilités jusqu’à l’apparition de l’instruction du 13 mai 1915, est subordonnée à la révision des motifs pour lesquels les décorations ont été concédées. […] Il y a lieu de surseoir, jusqu’à nouvel ordre à la délivrance des croix de guerre aux titulaires des décorations figurant des les arrêtés dont il s’agit. » Cette révision concerne uniquement les citations qui n’ont pas été conférées par le général en chef.
Cela concerne les arrêtés des 20 et 21 novembre 1914, ceux des 3, 10, 20 et 31 janvier 1915, ceux des 8, 9, 17 et 26 février 1915, et, enfin, ceux des 10 et 27 avril 1915.
C’est ainsi que Henri Elie LEROUX, né le 26 juillet 1892 à Lezennes, dans le Nord, cité à l’ordre de l’armée le 9 octobre 1914, n’obtiendra pas la Croix de Guerre.

En effet, il avait obtenu cette citation pour « Mortellement blessé, la mâchoire et la gorge fracassée par un éclat d’obus, a donné ses dernières pensées à sa patrie en traçant rapidement ces mots sur une feuille de papier qu’il avait réclamée par signe : La France est-elle victorieuse aujourd’hui ? » – J.O. du 6 novembre 1914 – Si l’est possible d’affirmer que Henri Elie LEROUX est décédé pour avoir défendu la Patrie, il n’est pas mort pour une action militaire d’éclat comme décidé par le décret d’application de la loi du 8 avril 1915 !

A l’inverse, Charles Jean Baptiste FOULON, né le 10 février 1880 à Oisy-le-Verger, dans le Pas-de-Calais, cité à l’ordre de l’armée – J.O. du 29 avril 1915 – « Au cours d’une attaque n’a cessé de jeter des bombes et de faire le coup de feu, excitant ses camarades par sa parole et son attitude jusqu’au moment où il fut tué par le tir de l’ennemi« . Ce soldat de 2ème classe aurait dû recevoir la Croix de guerre : aucune indication sur sa fiche matricule ! Hormis, peut-être cette note « Cassé de son grade le 15 janvier 1915« , il était caporal depuis le 22 novembre 1903. Pour quel motif a-t-il été dégradé ?… De toute façon, le décret d’application du 23 juin 1915, dans les conditions de retrait ou de non-attribution de la Croix de guerre, ne fait référence qu’à des faits de condamnations postérieurs à l’attribution de la médaille. A son décès, son fils aîné, Marcel Emile n’est âgé que de 12 ans ! Son épouse, Marie Marcéline DESAILLY, ne devait pas connaître ses droits…

Art. 7 – Les citations à l’ordre se distinguent de la manière suivante :
Armée : palme en bronze en forme de branche de laurier,
Corps d’Armée : une étoile en vermeil,
Division : une étoile en argent,
Brigade, régiment ou unité assimilée : une étoile en bronze.
Plusieurs citations, obtenues pour des faits différents, se distingueront par autant d’étoiles correspondant à leur degré ou de palme.