Ces "X" ! Ces soldats qui ont donné leur vie pour la patrie mais dont personne ne parle, comme s'ils n'avaient jamais vécu ! Et pourtant…
Louis Prosper JACOBS est de ceux-là…

Dès la naissance, sa vie est différente ! Né le 19 novembre 1889 à Paris, au 31 de la rue Ramier, Louis Prosper est abandonné en décembre par sa mère, Marie Léonie, 25 ans, domestique. Le motif ? Elle est indigente ! Il est baptisé à l’hospice, puis, le 6 janviers 1890, est envoyé à Moulins-Engilbert, dans la Nièvre.
En 1906, il est domestique de culture à Torcy-et-Pouligny, en Côte-d’Or, chez M. Jules Félix MIAS.

En 1909, lors de l’appel de sa classe, Louis Prosper est ouvrier charpentier à Sauvigny-le-Bois, dans l’Yonne. Il est incorporé le 4 octobre 1910 au 30ème Régiment d’Artillerie, ayant des problèmes de santé, il est réformé n° 2 le 10 octobre 1910 par la Commission spéciale de réforme d’Orléans et renvoyé dans ses foyers le 12 octobre suivant.
Louis Prosper a la bougeotte car en 1911 c’est dans l’Yonne qu’il travaille : il est ouvrier charpentier chez M. François THIBAULT, à Saint-Brancher.

Puis, au début de l’année 1914, il est à Pantin, où il épouse, le 16 mai, Marie jeanne Emélie MARGUERITTE.
Seulement, à l’Ordre de Mobilisation Générale du 1er août 1914, l’armée a besoin d’hommes. Louis Prosper est donc classé service armé par le Conseil de Révision d’Auxerre et il rejoint son régiment le 23 février 1915.

Alors qu’il était passé au 168ème Régiment d’Infanterie, il décède à Bois-le-Prêtre, le 19 octobre de la même année, âgé de vingt-cinq ans.
Voilà, Louis Prosper JACOBS a vécu vingt-cinq ans, loin d’une famille existante, et sans laisser de descendance…
Pourtant, il avait des frères et sœurs, ces derniers ont été plus chanceux, plus heureux aussi peut-être.
René Léon est né le 15 mai 1886 à Lagny-sur-Marne, et Marcelle est née le 15 décembre 1890 à Paris. Tous les deux ont aussi été abandonnés par leur mère Marie Léonie. Mais, si Louis Prosper est resté dans ses familles d’accueil, René Léon et Marcelle ont été recueillis par Marie Eléonore JACOBS, une sœur de Marie Léonie, et son mari, Louis Alfred GAMBLIN. Ces neveu et nièce sont les enfants qu’ils n’ont pu avoir.
René Léon, marié, décède le 24 novembre 1952 à Chatou, dans les Yvelines. L’année suivante, Louis Alfred GAMBLIN adopte Marcelle, le 15 mai 1953, et décède le 19 mars de l’année suivante. Marcelle, quant à elle, devenue JACOBS-GAMBLIN, elle décèdera le 20 août 1966 à Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
Ces garçons abandonnés, déposés dans les différents services d'assistance publique, sont des hommes comme les autres : ils doivent aussi partir à la guerre. Mais s'ils sont tués au cours de cette guerre, qui est là pour les pleurer et ne pas les oublier ?...
A écouter : La chanson de « au Bois-le-Prêtre«