Les dénonciations et médisances vont bon train au 19ème siècle. Le préfet a tout pouvoir pour destituer un maire, Jean Baptiste BELESME, maire de Moissy-Cramayel doit se défendre et s'expliquer…
Jean Baptiste Alexis BELESME, né le 15 juin 1767 à Ozouer-le-Voulgis, fils de Jean Louis et Marguerite Julie RENARD, est cordonnier, installé à Moissy-Cramayel. Le 15 novembre 1791, il épouse Sophie SAINT, native de la commune. Une fille, Marie Jeanne, naît en 1793.
Jean Baptiste Alexis s’intéresse à la politique et est élu maire de la commune, pour la première fois, en 1826. Il est chargé, de par sa fonction, de l’organisation des élections du 4 septembre 1831. Conformément aux textes en vigueur, les scrutateurs, les deux plus âgés et les deux plus jeunes, sont désignés : MM. Isaac MOUTON, né en 1758, et Pierre BREGER, né en 1760, ainsi que MM. Ovide BREGER, né en 1805, et Henry JOZON, né en 1808.

La liste électorale comprend 39 noms et 39 personnes se sont présentées pour voter. Le résultat final est le suivant :
- Louis Laurent GODIN, 38 voix
- Joachim GARNOT, 36,
- Sulpice CONDROT, 31
- Constant DESFORGES, 29
- Pierre PLÉ, 28
- Alexandre JOZON, 23,
- Alexis BELESME, 22
- Edme LHERMINOT, 20.

En 1831, la commune de Moissy-Cramayel compte 523 habitants, le Conseil municipal doit avoir 12 représentants. Seuls 8 ont été élus, donc, conformément à l’article 40 de la loi sur les municipalités, il faut un second tour. Sont élus lors de ce second tour : Laurent SALES, 20 voix, Nicolas LEBEAU, 13, Jacques THEVENOT, 11 et Pierre HUCHERARD, 10. Le corps municipal est donc élu.
Le 16 septembre 1831, Jean Baptiste Alexis BELESME s’adresse au préfet en lui faisant remarquer qu’il a été élu par des suffrages libres, alors que ceux qui ont obtenu plus de voix que lui les ont obtenu par « captages ». Il poursuit en rappelant que ceux qui ont obtenu le plus de suffrages ne résident pas dans la commune et que, donc, ils ne pourront accomplir leur fonction qu’avec des déplacements continus.
Comme le choix de nomination du maire incombe au préfet, Jean Baptiste Alexis rappelle à ce dernier que cela fait seize ans qu’il fait partie du corps municipal, dont déjà cinq ans de mandat de maire, qu’il remplit ses fonctions avec zèle et activité en conservant l’amitié de la plupart des habitants les plus notables.

Dans un autre courrier ultérieur, Jean Baptiste Alexis BELESME fait allusion au fait que « sans une personne étrangère à la commune venue troubler l’ordre, il aurait été nommé maire … pour mieux dire, continué. » Il rappelle même le contenu de l’article 11 de ladite loi du 21 mars 1831 et précise qu’il est non seulement membre du Bureau de Bienfaisance mais qu’il en est aussi l’administrateur. Il a l’autorisation de recevoir, de payer et de poursuivre en cas de besoin, la rentrée des fonds, donc il considère que le Bureau de Bienfaisance est une vraie administration. Il insiste que c’est au titre de cet article qu’il a été accepté sur la liste des électeurs, conformément à la loi.

Jean Baptiste Alexis BELESME termine sa longue missive en rappelant ses seize années de service auprès du corps municipal, de son dévouement « donnant à mon pays, mon temps, et fournissant sans intérêt une maison commune et plusieurs appartements, pour la propreté et l’ordre de mes papiers, c’est-à-dire de mon administration, la position de la commune n’a pas encore permis de ce pourvoir d’un local. Tout est vrai et tout changement nous devient funeste, rompt l’unité de notre ménage, et, peut-être, sera-t-il long à se rétablir. » En un mot, s’il n’est pas maire, il reprend ses propriétés et laisse le corps municipal se débrouiller avec le souci de ne pas avoir de maison commune et, donc, de devoir en louer ou en acheter une…
Le préfet de Seine-et-Marne, Etienne François Marie BOBY de la CHAPELLE, a bien lu et entendu les doléances de Jean Baptiste Alexis BELESME puisque ce dernier a été maire en place jusqu’en 1840 !
Les salamalecs politiques ont toujours existé et existeront donc toujours. Il faut savoir quand et à qui s'adresser, et, surtout, bien savoir s'exprimer…
Source : AD77 – 3MP/Pichol 51