Les élèves des grandes écoles ont un statut particulier dans la loi sur le recrutement militaire…
L’article 21 de la loi sur le recrutement du 21 mars 1905 statue sur le sursis d’incorporation renouvelable d’année en année jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Dans le cas des grandes écoles, les jeunes gens doivent prouver qu’ils poursuivent des études. Pour rappel, un sursis ne dispense pas du service militaire mais reporte la date de départ sous les drapeaux. Enfin, ce même article indique « En cas de guerre, les sursis sont annulés et ces jeunes gens sont appelés avec les hommes de leur classe d’origine. »
Quelles sont les grandes écoles concernées ? L’école normale supérieure, l’école forestière, de l’école centrale des arts et manufactures, l’école nationale supérieures des mines, l’école national des ponts-et-chaussées, l’école des mines de Saint-Etienne, l’école du service de santé militaire, l’école navale et l’école du service de santé de la marine.
Les jeunes gens concernés à la déclaration de la Guerre sont ceux qui ont pris part aux examens de 1914 et que leur âge appelle sous les drapeaux avec la classe de 1915.

La circulaire du 19 novembre 1914 indique que les jeunes gens concernés ci-dessus, pourront solliciter le sursis pour continuer leurs études mais que les sursis ainsi accordés n’auront leur effet qu’à la cessation des hostilités.
Les étudiants qui désirent une progression rapide au grade de sous-officier peut, en même temps qu’il demande le sursis, solliciter l’autorisation de s’engager pour la durée de la guerre. Cette autorisation ne sera accordée que jusqu’au 14 décembre 1914.

Maurice Henri Marie MAGNIER est Saint-Cyrien en 1914. Né le 8 novembre 1894 à Lésigny, en Seine-et-Marne, il est fils de Albert Gabriel Emile, officier, et Félicie Marie VATIN. Son père est décédé alors qu’il est élève à Saint-Cyr et que la guerre éclate. A l’appel de sa classe, Maurice obtient le sursis au titre de l’article 21 cité ci-dessus, puis s’engage pour une durée de huit ans à la mairie de Melun au titre du 31ème Régiment d’Infanterie.
Il est élève à l’école spéciale militaire d’infanterie et passe sous-lieutenant à titre temporaire le 5 décembre 1914 en application du décret du 15 novembre précédant. Blessé par balle à l’humérus le 9 mars 1915, il est cité à l’ordre du Corps d’Armée le même mois « Sous-lieutenant à titre temporaire provenant des admissibles à Saint-Cyr, a montré toures les qualités de l’officier français en chargeant avec une offensive endiablée à la tête de sa section une contre-attaque allemande, a été grièvement blessé au visage et aux bras« . Il est blessé encore par deux fois en 1918, par éclat d’obus et à nouveau par balle, et, de ce fait, cité à l’ordre de l’Armée.
Il termine la guerre mais reste dans l’armée et est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 22 août 1918. En juin 1957, toujours sur rapport du Ministère de la Guerre, désormais Ministère des Armées, Maurice Henri Marie MAGNIER est promu au grade d’Officier de la légion d’Honneur. Il décède le 30 août 1962 à Paris.
Albert Marie Hubert MAGNIER, petit frère du précédent, né le 12 mars 1898 à Paris, a lui aussi sollicité, en tant qu’étudiant, le sursis au titre du même article 21 et s’est engagé pour trois ans à Paris au titre du 2ème dépôt des Equipages de la Flotte, en étant candidat à l’Ecole navale selon les prescriptions de la circulaire du 28 mars 1917.

Il est nommé Chevalier de la légion d’Honneur le 9 juillet 1930 au titre du grade de Lieutenant de Vaisseau, puis Officier le 30 mars 1944 au titre du grade de Capitaine de Frégate.
Albert fait carrière dans la Marine embarquée et décède le 18 octobre 1962 à Créteil.