Mariette est impatiente : tout le monde se prépare à fêter la Chandeleur et… il y aura aussi la veillée !
A la messe de dimanche, le curé a rappelé pourquoi la chandeleur. « En 472, le pape Saint Simplice fait passer la fête des Romains, en l’honneur du Dieu Pan, en celle de la Présentation de Jésus au Temple. Chaque chrétien récupère un cierge à l’église et doit le ramener chez lui sans que ce dernier ne s’éteigne ! Cierges, chandelle et la chandeleur est née ! La chandeleur a donc lieu quarante jours après la naissance de Jésus, soit, le mardi 2 février en cette année 1813. Rappelez-vous, lorsque vous préparerez vos crêpes, qu’elles sont le symbole de la générosité du pape Gélase 1er. En effet, ce pape avait l’habitude de distribuer des galettes aux pèlerins venant le rencontrer, ces galettes sont désormais nos crêpes. Mais, avant de savourez vos crêpes, je vous rappelle la veillée à 6 heures et demie…«
Aujourd’hui, nous sommes le 2 février ! Mariette se lève tout excitée à l’idée de préparer les crêpes avec sa maman et d’aller à la veillée : que va bien pouvoir nous lire monsieur SAVARY, le maître d’école ? Elle aime tellement ces histoires qu’il lit régulièrement lors des veillées… En attendant, elle part ouvrir aux poules : la neige est toujours là, mais elles aiment aussi aller se promener. Elle saute gaiement dans la neige pour y laisser la marque de ses sabots : c’est vraiment rigolo, la neige est un peu froide mais elle rentre vite se réchauffer auprès de la cheminée. Ses frères sont à l’école ! Mariette s’ennuie un peu, oh, elle parle avec Antoinette, mais une poupée, ça ne répond pas !… Elle aurait aimé sortir avec Jeanne cet après-midi mais sa maman ne veut pas car il n’y a pas de soleil : il va sûrement encore neigé et le rû n’est pas tout proche, les fillettes pourraient avoir du mal à rentrer.
C’est l’heure du repas et papa rentre à la maison avec une nouvelle importante : il a croisé le maire, M. BREGER. Ce dernier lui a fait part d’une information importante pour les paysans.

Il a lu le Journal de Paris et il a appris que M. BARUEL, chef du laboratoire de chimie de l’Ecole de Médecine, vient de porter la fabrication du sucre de betteraves à un point de perfection par un tout nouveau procédé. En six heures de temps, il a obtenu à extraire de la betterave brute, le sucre qu’elle contient sous forme de cassonnade brune, semblable à celle que l’on trouve dans le commerce. Il a extrait de la betterave, la moitié en poids de ce que l’on extrait de la canne à sucre. M. BREGER, comme les autres cultivateurs, vont donc pouvoir continuer l’exploitation agricole, peut-être pourront-ils même augmenter cette culture !

Après le repas, maman se met à la couture, Mariette poursuit la broderie de son mouchoir : ses petits doigts tiennent fermement l’aiguille mais c’est long, long… Vivement la préparation des crêpes, d’autant que Mamilou et Papilou viendront les manger aussi ! Ah, enfin, maman pose son ouvrage et nous préparons la pâte : la farine, les œufs, le sucre de canne, le lait, et un peu de bière, pas trop. La bière a un goût particulier mais les crêpes sont bien meilleures. Mamilou vient d’arriver, nous allons pouvoir cuire. Magdelaine propose à la petite fille d’en préparer une, sans la faire sauter, c’est plus sûr. Avec fierté, avec soin, Mariette verse la pâte et regarde la fumée qui s’échappe de la poêle, au moment de la retourner, un peu de panique, mais avec maman, tout va bien.
Le temps de tout cuire et les garçons rentrent de l’école. Mariette a préparé une question pour Gabriel : accepterait-il de lui apprendre à lire et à écrire ?
La nuit est tombée, tout le village se retrouve à l’église pour la veillée. L’église a cette odeur âcre que dégage la fumée des cierges, mais tous sont attentifs à l’histoire lue par l’instituteur « Orgueil et Préjugés » un livre écrit par une anglaise, Jane Austen. Le premier chapitre commence ainsi « Il est généralement admis qu’un jeune homme en possession d’une grande fortune doit être désireux de trouver une épouse. Et bien que l’on ne sache parfois pas grand-chose de la sensibilité ou des opinions d’un tel homme, cette idée est tellement ancrée dans les esprits des familles qui s’y trouvent, qu’il est souvent considéré comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. »

La lecture s’arrête à la fin du second chapitre, tous les présents se saluent, prennent leur cierge et rentrent chez eux. Mariette qui a écouté avec grande attention se demande pourquoi un homme doit chercher une épouse : cela ne se fait pas naturellement ? Les filles doivent attendre qu’un homme viennent demander leur main ? Elle, ce qu’elle veut, c’est se marier avec Antonin, plus elle le voit, plus elle le trouve beau !… Elle se demande s’il voudra aussi d’elle, et s’il ne voulait pas ? Son regard s’assombrit mais, une fois dans la maison, la table prête pour manger les crêpes lui font très vite oublier son mariage…