Louis Michel TROUVÉ est le curé de la paroisse de Moissy-Cramayel alors que la Révolution éclate…
Le 8 mars 1734, à Allouville, en Seine-Maritime, François TROUVÉ, fils de Pierre et Suzanne JANCÉ, épouse Anne TOCQUE, fille de Robert et Anne DUMOLECHAT. L’année suivante, Marie Catherine vient égailler la famille en naissant le 31 mars 1735. Mais la tragédie vient toucher cette famille au mois d’août 1736, alors que Anne TOCQUE-TROUVÉ est enceinte : le 3 août, François décède, alors âgé de 45 ans, puis, le 5 suivant, Marie Catherine rejoint son père…

C’est le 19 novembre 1736 que naît Louis Michel TROUVÉ. Quel destin ! Il est le seul descendant de ce couple…
Le 19 mai 1742, sa mère épouse Charles YSET, veuf, père de six enfants :
- Marie Catherine, 16 ans,
- Catherine, 15 ans,
- Marie Madeleine, 12 ans,
- Marie Jeanne, 10 ans,
- Martin, 6 ans,
- Charles Pierre, 4 ans.
Comment le petit Louis Michel, 6 ans, peut-il trouver sa place ? D’autant que sa maman est à nouveau mère de trois filles toutes nées à Allouville :
- Marie Anne, le 5 novembre 1744,
- Marie Angélique, le 23 février 1746,
- Marie Jeanne, le 6 septembre 1747.
Est-ce la raison de sa foi ? Un garçon pour quitter « confortablement » la famille n’avait pas beaucoup de choix à l’époque : l’armée ou la religion ! C’est en 1781 qu’il devient titulaire de la cure de Moissy-Cramayel. C’est une forte tête : il est souvent en conflit avec le marquis FONTAINE de CRAMAYEL… En 1790, la municipalité s’assura les services d’un vicaire, Charles CHAZO, alors qu’une si petite paroisse n’avait droit qu’à un prêtre. « …Charles Chazo ne fut jamais prêtre constitutionnel, d’une part parce que la loi n’accordait pas de vicaire dans une paroisse si petite et, d’autre part, parce qu’il n’avait prêté que le serment égalité… » Suite à la Révolution, il prononce, le 9 janvier 1791, un serment sur lequel il émet quelques réserves. Il a réussi, de part son ascendance normande, à s’exprimer de telle façon que le Directoire du département et l’Assemblée électoral du district ont été très embarrassé quand ils ont dû se prononcer sur la valeur de ce serment. La municipalité de Moissy, elle, n’avait aucun doute !
C’est ainsi que le 15 août 1793, lors de la messe de l’Assomption, que le curé TROUVÉ fut dénoncé. Dénoncé, car il n’y a pas de mot plus grave ! Lors de la procession à la chapelle de la Vierge, Louis Michel a chanté le psaume Exaudiat, qui renferme le verset Domine salvum fac Regem – Dieu sauve le Roi – que, par précaution, il avait changé en Domine salvam fac legem – Dieu sauve les Lois. Subtilité de langage qui ne fut pas entendue par suite de la faible voix du célébrant et du trouble apporté par les officiers municipaux présents. Il est alors emprisonné à Melun, mais il n’a aucun doute sur le sort qui l’attend, la preuve en est : la rédaction de sont testament le 22 août 1793 devant Me DUVERGER, notaire à Melun. Il s’est pourtant expliqué devant le tribunal révoutionnaire sur les réels motifs de cette dénonciation :
» Le maire est le berger du ci-devant seigneur de Moissy. Nous verrons bientôt quel motif l’a fait agir ; mais pour connaître à quel point son témoignage est respectable, il suffirait peut-être de savoir que, dans ce siècle, appelé le siècle de la philosophie, Meunier, ce maire de Moissy, est journellement consulté comme le devin du canton. Le procureur de la commune, qui a déclaré au procès-verbal ne savoir pas signer, n’était pas à l’église lors du fait qu’on me reproche. Il est notoire à son égard, que ce jour-là même, qui était la fête patronale du pays, il a été vu au milieu des habitants réunis, roulant avec la plus grande indécence, et une bouteille à la main une jeune fille perdue comme lui dans l’ivresse.
Le secrétaire-greffier n’assistait pas non plus à l’office au moment dont il s’agit. Restent les deux officiers municipaux, à l’honnêteté desquels je rends hommage, mais hommes faibles, qui ont cédé à l’instigation commune à eux et aux trois premiers artisans du procès-verbal. En deux mots, depuis l’année 1781, je n’ai cessé d’être en procès avec le citoyen Fontaine, ci-devant seigneur de Moissy-Cramayel, procès dans lequel il toujours succombé. Lors de la vente qui a été faite des terres assez considérables, attachées à la cure de Moissy, le citoyen Fontaine s’en est rendu adjudicataire. Toutes les formes légales avaient été violées dans cette adjudication. J’ai réclamé auprès du comité d’aliénation de l’assemblée nationale constituante. L’avis du comité a été que cette adjudication devait être déclarée nulle. Cette décision du comité n’a pas empêché que le tribunal du district de Melun, où l’affaire s’était engagée, ne l’ait jugée en faveur du citoyen Fontaine. Le citoyen Fontaine craint, avec fondement, de se voir évincé de l’adjudication qui lui a été faite, et condamné à des dommages-intérêts considérables, en raison des pertes immenses qu’il m’a fait éprouver. Il craint que cette éviction ne soit ordonnée contre lui, ou par le tribunal d’appel, ou par les corps administratifs, à l’autorité desquels je puis avoir recours. De là, l’animosité qu’il a toujours conservée contre moi… Constamment et par principe attaché à ma religion, je me regarde comme ministre du culte catholique ; je suis persuadé que mon caractère est ineffaçable, et je mourrai convaincu que je ne puis cesser d’être prêtre, indépendamment de la conservation ou de la perte de mes titres matériels de prêtrise ; mais d’après ma croyance, mes lettres sont pour moi un titre d’honneur que je paraîtrais mépriser si je m’en dessaisissais…«
Le 14 septembre 1793, il est emmené, avec le curé de Réau, lui aussi arrêté, à Paris, dans la prison des Madelonnettes. Il est ensuite envoyé à la Force. Le 27 mars 1794, il est à nouveau déplacé, c’est le concierge de la prison de Saint Lazare qui signale sa présence. Il change souvent de prison mais n’est jamais interrogé. Enfin, il atterrit à la prison du Kremlin-Bicêtre. C’est ainsi qu’il se retrouve sur le banc des accusés avec des forçats qui auraient fomenté un complot. C’est par FOUQUIER-TAINVILLE qu’il apprend qu’il a trempé dans un complot dont le but est de s’emparer des citoyens formant la force armée de la maison d’arrêt de Bicêtre, de forcer les portes de ladite maison, pour aller poignarder les représentants du peuple, membres des comités de Salut Public et de Sûreté Générale de la Convention, de leur arracher le cœur, le griller et le manger, et faire mourir les plus marquants dans un tonneau garni de pointes…«
L’histoire a porté son jugement. La conspiration des prisons n’est qu’une fable destinée à faciliter l’assassinat massif des prisonniers. Sans motif connu, sans avoir été interrogé, Louis Michel TROUVÉ est condamné à mort par un « jugement » rendu le 26 juin 1794. Quel jugement ?

Certains des jugés ont eu des peines de bagne, de prison, d’autre ont été lavés de tout soupçon mais pour Louis Michel TROUVÉ aucune clémence ! Une lettre des habitants de Moissy-Cramayel aux Citoyens de la Sûreté réclament avec confiance l’élargissement du citoyen Trouvé, curé de leur paroisse, …
C’est ainsi que le curé de Moissy-Cramayel, Louis Michel TROUVÉ a été guillotiné à Paris le 26 juin 1794. Il était âgé de 52 ans.