Lors du prêche du curé, Mariette, très sage, écoute et ne comprend pas tout…

Sur le chemin du retour, la petite fille interroge sa maman.
- Dis, maman, pourquoi Monsieur le curé a dit que le pape était prisonnier à Fontainebleau ?
- C’est encore une question de politique, tu sais, depuis la Révolution, notre religion est quelque peu malmenée.
- Malmenée, cela veut dire quoi ?
- Hum, comment te dire… A la suite de la Révolution, les prêtres ont été obligés de prêter serment à la République. D’ailleurs, tu as bien entendu ton père parler du père Michel, notre curé guillotiné ? Et puis, les biens du clergé ont été vendus comme biens nationaux, c’est-à-dire comme biens de la nouvelle république.
- Ah, mais pourquoi le pape est en prison à Fontainebleau ? On peut aller le voir ?
- Le pape est emprisonné parce qu’il n’est pas d’accord avec notre empereur. Je t’explique…

Le 15 août 1801, le Concordat entre Rome et le gouvernement française est conclu pour que les relations entre le Saint-Siège et la République française soient normalisées. Mais, le 18 avril 1802, lors de la promulgation de ce Concordat, l’Eglise de France est moins sous la responsabilité du Pape que de celle de l’Empereur. Pie VII ne peut accepter. Il demande donc l’annulation des articles organiques concernés et, pour obtenir cette abrogation, il accepte de venir sacrer Napoléon Bonaparte, empereur des Français, à l’église Notre-Dame, le 2 décembre 1804. A l’issue, le pape rentre en Italie sans avoir obtenu ce qu’il était venu demander.
Napoléon 1er veut inclure les Etats Pontificaux dans son blocus contre l’Angleterre et déclare au pape « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur ; tous mes ennemis doivent être les Siens ! » Le Pape maintient sa neutralité. L’empereur réagit vivement en réduisant les Etats Pontificaux à Saint Pierre de Rome, puis les troupes militaires occupent Rome, les Etats pontificaux sont annexés à l’Empire et ultime décision, Pie VII est enlevé et détenu à Savone, de 1809 à 1812, puis au château de Fontainebleau de 1812 à 1814.
Insatiable Napoléon envisage même de fixer le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris.
La maman reprend :
- C’est pour cela que monsieur le curé parle de notre pape !
- Et Napoléon va nous mettre aussi en prison si nous allons à la messe et au catéchisme ?
- Bien sûr que non, nous n’en sommes pas encore là… et puis, nous ne pouvons rien changer à ce qui sera décidé ! Continue de bien réciter tes prières, de penser au Pape et d’aller à l’église. Tu es encore trop petite pour t’inquiéter de ce que décident les grands !
Arrivée à la maison, Mariette file dans sa chambre et prends Antoinette dans ses bras. « Tu sais, Antoinette, je ne suis pas sûre de vouloir grandir. Les grandes personnes ne sont jamais d’accord avec ce qu’il se passe. Oui, j’aimerais pouvoir aller à l’école, me marier, avoir des enfants, mais, être une petite fille c’est bien aussi. »
« Mariette, vient mettre la table ! » crie maman. Mariette repose sa poupée et se dit que, même petite fille, il y a des choses désagréables comme toujours devoir mettre la table. Mais en enfant obéissante, elle s’applique à sa tâche.

Il fait toujours aussi froid dehors, aujourd’hui, même le vent souffle et l’air est glacé. Jeanne ne sortira pas, alors Mariette s’assoit à côté de sa maman et prend son ouvrage de broderie : un mouchoir. Elle a déjà cousu une jolie dentelle autour mais, désormais, c’est la broderie qui manque. La petite fille a choisi le gui : il est le symbole de la prospérité et du bon augure et il y en a dans certains arbres autours de chez elle…